Ouvertures

« Le corps de ma mère » (1995) / Francis CORNEROTTE

30 photographies de Francis et 30 poèmes de Dorothée Lambinon, accompagnés d’un texte de Jacques Izoard
mercredi 1er mai 1996 par La rédaction

« Trente corps de ma mère » (texte de Jacques Izoard)

Trente textes. Trente photos. Osmoses. Correspondances. Echanges. La chair et les mots. L’œil du photographe. L’œil du voyeur.
Trente nus de femme. Liens et machines. Courroies et bataclans. Poèmes de Doro. Litanies. Chants. Célébrations.
« Le fruit du travail d’écriture est si merveilleux » vient de déclarer Gao Xingjian, prix Nobel de littérature 2000.

« Corps nu » de Jacqueline dans toutes les poses, de la plus impudique à la plus pudique. Et l’œil perçoit Jacqueline à travers « la lumière énigmatique et éphémère ». Entre la mère et la fille, l’amour traverse la page. Les mots font mouche et chantent la beauté pure en « un rêve lumineux ». Dorothée a l’art de réduire le poème à quelques syllabes, parfois :

« le sang
et sue
et ô ! »

On a l’impression, en lisant ces textes, que la tête vous tourne sans arrêt. Rien n’est logique. La vie passe à folle allure, comme une rivière qui charrierait des fragments d’existence … Des fragments d’enfance peut-être :

… « vélo de campagne
sans culotte de petite fille, de corde à sauter »

… Avec des tendresses : … « chers petits bouchers »… Et avec aussi, des mots désabusés : « On sourira demain »
Dorothée Lambinon a trouvé son propre lyrisme, malgré « vitres brisées » ou « vies en morceaux ».
Un rien l’émeut : « Un petit miracle de rien du tout ».
La description joue ici un rôle primordial : « dans les structures métalliques d’une usine abandonnée, la toiture éventrée laisse passer une lumière brutale et la silhouette de la femme se perd dans cette flaque éclatante tel un papier déchiré », écrit Marcel Schroeder.

Photos indécentes ? Provocantes ? Oui et non ! Photos vraies dans leur mise en scène recherchée.
Mais photos dans l’absolu que rejoignent les mots nus de Doro, sans fards, sans pièges :« Doigts de dieu dans le sexe ».

Sexualité prise à la légère ? (« Le pubis chante »). Peut-être.

Démystifiée en tous cas, et qui sait se faire plus sombre pour évoquer « les frontières de la mort » : Dorothée n’est pas dupe. Elle évoque aussi
les « bonshumains ». Mais où est l’homme, dans cette suite de nus féminins ?

Avec humour, Dorothée écrit : « L’homme, lui, s’amenuise ailleurs ».
L’écriture de Dorothée n’est pas avare de mots : ceux-ci se bousculent, se donnent des bourrades, se jettent du haut des ponts, mais contiennent, finalement, beaucoup de densité, en vers ou en prose.

L’on songe parfois à NORGE :

« Terre, fatras, poutrelles,
cailloux, amour, poubelles »…

Originalité de ce recueil photos-poèmes : la fille ne respecte pas la mère, et j’emploie le verbe « respecter » au sens traditionnel. Le respect vole en éclat et l’amour apparaît. « Faire l’amour de souffle à souffle » écrit Dorothée.

Et la douceur entre les lignes, et l’amour de toute liberté gît dans ces pages, malgré « le sexe guerrier ».

Il est vrai que « tendre est la peau ». Un corps de femme dans tous ces états et qui se laisse emprisonner, ficeler, lier, dénuder, à la recherche de quelle jouissance ? Jacqueline nous offre ses fesses avec la complicité du photographe.

Mais les poèmes de Dorothée et le corps de sa mère ne font qu’un pour notre plus grand plaisir de lecteur et de voyeur.

Jacques Izoard
Décembre 2000

50 rue Chevauffosse
4000 Liège


Les poèmes de Dorothée Lambinon sont téchargeables ci-dessous au format PDF.

Autres contributions ou expositions personnelles de ce photographe

Attention :

Copyright Jacques Izoard sur le texte reproduit ci-dessus.

Copyright Dorothée Lambinon sur les poèmes du fichier PDF ci-dessous.

Copyright Francis Cornerotte sur les photos du diaporama ci-dessus.


Portfolio

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31 mai 2007
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« Le corps de ma mère », 30 poèmes de Dorothée Lambinon


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